Dangereux, le pauvre Wavrin ! Je revis les yeux de chien, naïfs et soumis ; j’entendis la voix traînante, un peu rauque : « Pourvu qu’ils ne crèvent pas de faim, ici, je penserai tout ce qu’on voudra… » Mon cœur se serra de pitié.
« Oh ! Philippe, on t’a trompé, je t’assure… Il n’a pas l’air méchant ; il a promis de ne plus s’occuper de politique… Et puis il avoue lui-même qu’il n’y comprenait rien… C’est ce Leblond qui lui avait monté la tête… Mais si tu le voyais ! Si tu voyais tous ces petits ! Veux-tu que je t’y mène, dis ?… Veux-tu parler toi-même à Wavrin ?… »
Il se raidit, avec l’entêtement des faibles.
« Non, je ne peux pas… j’aurais l’air de faire une enquête, de blâmer mon associé… Et pour tout ce qui touche au personnel, je m’en rapporte absolument à lui… Il a voulu faire un exemple : l’homme se trouve chargé de famille ; c’est fâcheux, mais nous n’y pouvons rien… Que diable ! nous avons bien le droit d’être stricts sur les questions de discipline !… »
Je n’en croyais pas mes oreilles : quelle autorité ce despote prenait sur lui !
« Stricts !… Dis donc sans pitié, sans cœur… Ce n’est pas de toi que je parle : je sais que tu es bon. Mais ton Mauroy, vois-tu, je le déteste… François le savait bien… »
Philippe, qui parcourait le salon de long en large, élevant la voix pour se donner du courage, s’arrêta soudain.
« Qu’est-ce que François vient faire là dedans ?… Je te répète que j’ai en Mauroy la plus grande confiance… Et tu pourrais me faire l’amitié de prendre mon avis, plutôt que celui de François, qui ne l’a vu qu’une fois… »
Il semblait tout à fait fâché ; je sentis ma cause perdue : des larmes me vinrent aux yeux.
« Ces pauvres gens ! fis-je ; c’est affreux !… Moi qui leur avais presque promis… »