« Comment, dit-il, c’est vous ?… »

Il semblait à peine surpris de me trouver là.

« Je suis bien fâché que vous ayez attendu… Ma mère sera de retour dans un moment… elle a voulu à toute force me déposer ici et se faire conduire par la voiture chez je ne sais quel fournisseur… probablement pour me prouver qu’elle peut revenir seule et monter l’escalier sans moi… Toujours terrible, vous savez… D’ailleurs Bagnoles paraît lui avoir fait du bien, momentanément… Et vous ?… Avez-vous passé de bonnes vacances ?… »

Tout en parlant par petites phrases brèves, il s’était rapproché de la cheminée, comme pour chercher des allumettes ; puis sans achever son mouvement, il revint vers moi et s’assit entre mon fauteuil et la fenêtre. J’avais de bons yeux : malgré la demi-obscurité, je fus frappée de sa pâleur. Pourtant il souriait.

« Vous regardez mon habit. N’est-ce pas que je suis ridicule ?

— Mais non, dis-je ; vous êtes superbe : vous avez l’air d’un marié… »

Il eut un petit rire sans gaîté.

« Ah ! oui, ce sont mes noces, à moi… mes noces avec cette vieille fiancée revêche qu’on appelle la Sorbonne… Car je suis docteur depuis une heure… Vous le soupçonniez bien un peu ? »

Une bouffée de rancune me remonta au cœur.

« Oui, je l’ai deviné tout à l’heure, à travers les explications confuses de Perrine… Et je vous en veux de ne pas m’avoir avertie plus tôt : j’aurais été si heureuse d’assister à votre thèse !…