Pouvais-je le lui dire ?… A travers le nuage qui m’aveuglait, je le vis faire un mouvement vers moi — puis s’éloigner, brusquement, comme s’il fuyait — puis je ne le vis plus. Il était parti. Je savais qu’il ne reviendrait pas — et lui… que savait-il ?… Alors seulement je pensai à Philippe, et le remords, de nouveau, s’abattit sur moi.
Il rentra, Philippe, — un peu moins sombre qu’en partant. Sans doute, le pauvre garçon, pendant les heures qu’il passait seul, s’efforçait de lutter contre cet état de malaise vague qui répugnait à sa nature confiante et joyeuse. Il s’approcha du feu, comme François tout à l’heure, et s’adossa à la cheminée, en présentant alternativement chacun de ses pieds à la flamme.
« Quel temps ! Il ne neige plus, mais les rues sont dans un état !… Je suppose que tu n’as eu personne ?… »
Je ne mentais jamais.
« Si, François est venu… »
Le pied gauche de Philippe se rabaissa vivement et frappa la dalle de marbre.
« François ?… Il choisit un drôle de jour pour faire ses visites… Et… qu’est-ce qu’il t’a dit ? »
Quel supplice de ne pouvoir se taire, de sentir la vérité s’échapper de soi comme une source amère qui brûle et qui fait mal !
« Mais… d’abord, sa mère ne va pas très bien… Et puis… il m’a parlé de cette histoire, tu sais, au théâtre… Mauroy n’avait pas compris, et tout cela n’est qu’un malentendu absurde… »
J’avais déchargé mon cœur, en partie, du poids qui l’étouffait. Mais Philippe n’en avait pas l’air plus heureux, au contraire. Il se passa les doigts dans la barbe, mordit furieusement sa moustache ; puis, d’un ton sec :