Quand ils reparurent, Philippe seul essuyait de grosses larmes.

« Oh ! dis-je, avec honte, avec douleur — je suis lâche, François, je n’ose pas… Et pourtant, vous savez que je l’aimais bien… »

Il secoua la tête : son calme semblait étrange.

« Oui, je le sais… Elle aussi vous aimait… Ce n’est pas votre faute : on souffre comme on peut… Moi, vous voyez, je ne pleure pas… J’ai beau me dire : « Hier soir, encore, elle était assise là… et maintenant je ne la verrai plus… je serai seul, toujours seul… »

Un sanglot secoua son grand corps ; mais ses yeux restèrent secs. Il s’approcha de la petite table, contempla la bergère, posa une main caressante sur l’étui à lunettes. J’avais le cœur déchiré ; Philippe se mordait les lèvres, partagé entre sa propre émotion, la pitié que lui inspirait son cousin, et le désir de m’emmener au plus vite. Sa bonté naturelle l’emporta.

« Si tu as besoin de moi, commença-t-il, pour ces tristes démarches… »

Autrefois il se serait installé près de lui, il ne l’aurait quitté ni jour ni nuit, plutôt que de le laisser en proie à ce désespoir morne. François comprit, sans doute, quel abîme séparait le passé du présent…

« Non, merci ; je préfère tout régler moi-même… D’ailleurs j’ai trouvé un papier… Elle désire reposer à Amiens, près de mon père… conduite seulement par moi — et par toi… Elle ne vous connaissait pas encore », ajouta-t-il sans faire un mouvement vers moi.

Philippe hésita un moment. Puis d’une voix troublée :

« Nous irons… tous les trois… Mon beau-père aussi, peut-être… »