— Il nous faut, répondit-il sans se troubler, l’Alsace-Lorraine et cent milliards.
— Cent milliards ! Vous vous trompez, vous voulez dire sans doute : cinq milliards.
— J’ai dit : cent milliards.
— Mais c’est terrible, c’est terrible !
Et l’Allemand d’aller raconter à tous ses amis que la France demande l’Alsace-Lorraine et cent milliards pour faire la paix. L’un après l’autre, ils vinrent chercher confirmation de la nouvelle auprès de mon camarade. « C’était, me racontait celui-ci, comme si j’avais eu vraiment les pleins pouvoirs du gouvernement français pour traiter. Ils défilaient tous devant ma table :
— Est-ce vrai que la France demande cent milliards ? interrogeaient-ils.
— Parfaitement, cent milliards !
— Mais c’est affreux ! Jamais nous ne pourrons avoir la paix à ces conditions-là. Jamais nos gouvernants n’y consentiront.
Et ils s’en allaient les épaules basses, désespérés. »
Il faut noter que c’était un moment de leur plus haute fortune.