Leur premier mot aux prisonniers qu’ils venaient de faire était toujours :

— Krieg nixt gut ![10]

[10] « Guerre, pas bon ! »

Et ils ajoutaient pour eux-mêmes avec un grand soupir :

— Wenn es nur alles wäre ![11]

[11] « Si seulement c’était tout ! Si seulement c’était fini ! »

(Je parle du mois d’août 1914.)

Voilà ce qui résume tous les sentiments dont ils étaient capables, les seuls dont ils fussent animés en se précipitant sur nous. Voilà le maximum de la passion chez eux, voilà la passion toute pure, telle qu’elle les gonflait au moment de l’action, au moment même où leur bras se faisait assassin.

Qu’on ne pense pas que, par tout ce que je dis là, je veuille le moins du monde introduire l’idée de leur innocence, ni prévenir les esprits en leur faveur. Bien au contraire, ce qui nourrit mon indignation et mon ressentiment contre les Allemands, c’est qu’ils aient pu commettre toutes les abominations du combat avec si peu de haine au cœur. Nous, au moins, quelque chose d’affreux, mais de sacré, nous transformait jusqu’à la racine, ramenait pêle-mêle du fond de nous-mêmes de la rage, de l’insulte, du désespoir, je ne sais quelle frénésie vengeresse. Si nous étions criminels, au moins l’étions-nous tout entiers. Mais eux, ils se contentaient d’être « fromm und stark ». Ça leur suffisait. « Pieux et solides », bien bâtis de partout, l’âme aussi peu excessive que le corps, de la santé et un grand vide intérieur : voilà comment ils s’avançaient sur nous et voilà comment ils se présentent, quand on vient les trouver dans leur ingénuité primitive, à leur état le plus naturel. L’Allemand, c’est d’abord quelqu’un à qui « c’est égal » et qu’une insuffisante détermination psychologique rend capable à la fois de tout supporter et de tout faire.

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