Au camp, quand un officier était ivre, son premier soin était de venir se faire voir aux prisonniers et d’exécuter devant eux toutes les sottises de son répertoire. J’ai vu le commandant de mon camp, un homme âgé, gros et court (c’était, paraît-il, un grand industriel), défiler, pour la fête du roi de Saxe, entre deux haies de prisonniers réjouis, dans un état de parfaite ébriété ; il roulait comme un tonneau d’un bord à l’autre de l’allée et ne se protégeait qu’à grand’peine, en s’accrochant de loin en loin aux arbres, contre l’écroulement définitif. Je l’ai vu l’année suivante, ponctuellement à la même date, se présenter, comme à un rendez-vous, dans le même état, devant ses prisonniers et venir jouer aux boules avec eux.


Un lieutenant, le jour de Noël, monte sur la scène de notre petit théâtre, et se frappant à grands coups la poitrine, commence en français un discours :

— Mes amis, vous le voyez, je suis venu au milieu de vous, en ce soir de fête, et sans armes… sans armes…


Un major bavarois arrive un soir à l’hôpital, les yeux flambants, se tenant à peine debout. Il appelle l’infirmier français :

— Est-ce que vous ne remarquez pas que j’ai quelque chose de drôle aujourd’hui ?

— Mais non, monsieur le major ?

— Mais si, mais si ! Vous ne savez pas ce que c’est ? Non ? Eh ! bien, c’est aujourd’hui l’anniversaire de la mort de ma mère. J’oublie !