— Il parle à tous le même langage, répondit Heyward; il ne fait aucune distinction entre ses enfants, n'importe que la couleur de leur peau soit rouge, blanche ou noire; mais il estime particulièrement ses braves Hurons.
— Et de quelle manière parlera-t-il, continua le chef, quand on lui présentera les chevelures qui, il y a cinq nuits, croissaient sur les têtes des Yengeese[62]?
— Les Yengeese étaient ses ennemis, dit Duncan avec un frissonnement intérieur, et il dira: Cela est bon, mes Hurons ont été vaillants, comme ils le sont toujours.
— Notre père du Canada ne pense pas ainsi. Au lieu de regarder en avant pour récompenser ses Indiens, il jette les yeux en arrière. Il voit les Yengeese morts, et ne voit pas les Hurons. Que veut dire cela?
— Un grand chef comme lui a plus de pensée que de langue. Il jette les yeux en arrière pour voir si nul ennemi ne suit ses traces.
— Le canot d'un ennemi mort ne peut flotter sur l'Horican, répondit le Huron d'un air sombre. Ses oreilles sont ouvertes aux Delawares qui ne sont pas nos amis, et ils les remplissent de mensonges.
— Cela peut être. Voyez, il m'a ordonné, à moi qui suis un homme instruit dans l'art de guérir, de venir parmi ses enfants les Hurons rouges des grands lacs, et de leur demander s'il y en a quelqu'un de malade.
Un second silence, aussi long et aussi profond que le premier, suivit la déclaration que Duncan venait de faire de la qualité en laquelle il se présentait, ou pour mieux dire du rôle qu'il se proposait de jouer. Mais en même temps, et comme pour juger de la vérité ou de la fausseté de ce qu'il venait de dire, tous les yeux se fixèrent sur lui avec un air d'attention et de pénétration qui lui donna des inquiétudes sérieuses sur le résultat de cet examen. Enfin le même Huron reprit la parole.
— Les hommes habiles du Canada se peignent-ils la peau? lui demanda-t-il froidement; nous les avons entendus se vanter d'avoir le visage pâle.
— Quand un chef indien vient parmi ses pères les blancs, répondit Heyward, il quitte sa peau de buffle pour prendre la chemise qui lui est offerte: mes frères indiens m'ont donné cette peinture, et je la porte par affection pour eux.