Autour de lui, Kazan se mit à tourner, léger et presque impondérable, et le lynx pivotait sur lui-même, non moins alerte et rapide. Huit pieds environ les séparaient.

Ce fut le lynx qui, pareil à une boule, bondit le premier sur son adversaire. Kazan ne tenta point d’échapper en sautant de côté. Il para de l’épaule et, comme il avait plus de poids, il encaissa le choc sans broncher. Le gros chat fut projeté en l’air, avec les lames de rasoir de ses vingt griffes, et retomba lourdement sur le sol, les membres en marmelade.

Kazan profita de l’avantage du moment et, sans perdre de temps, s’élança sur la nuque du lynx.

Louve Grise, à son tour, avait bondi. Sous l’arrière-train de Kazan, elle implanta ses mâchoires dans une des pattes de derrière de l’ennemi. L’os craqua.

Le lynx, accablé par le double poids qui pesait sur lui, tenta un sursaut désespéré. Entraînant avec lui Kazan et la louve, qui purent heureusement se dégager à temps, il alla retomber sur un des porcs-épics qui se trouvaient là. Une centaine des redoutables aiguilles lui entrèrent dans le corps. Fou de douleur et hurlant comme un possédé, il prit la fuite et, se précipitant dans le brasier, y disparut parmi la fumée.

Kazan se garda de l’y poursuivre. Le chat-pêcheur gisait comme un mort, épiant Kazan et Louve Grise de ses petits yeux noirs et féroces. Les porcs-épics piaulaient et jacassaient pire que jamais, comme pour implorer grâce.

La flamme, cependant, avait atteint le rivage. L’air était brûlant comme une fournaise. Kazan et Louve Grise se hâtèrent de venir se mettre à l’abri, à l’extrémité de la langue de sable, que recouvrait entièrement une nappe de fumée.

Ils s’y roulèrent sur eux-mêmes, en cachant leur tête sous leur ventre. Le rugissement de l’incendie ressemblait à celui d’une grande cataracte et l’on entendait d’énormes craquements, qui étaient ceux des arbres qui s’écroulaient. L’air s’emplissait de cendres et de brûlantes étincelles. Plusieurs fois, Kazan dut se dérouler et, se relevant, secouer les brandons enflammés qui tombaient sur lui, poussés par le vent, et qui lui roussissaient le poil et brûlaient la peau, comme autant de fers rouges.

Sur les rives du fleuve poussait, le pied dans l’eau, une épaisse rangée de broussailles vertes, où le feu s’arrêta. Le couple s’y réfugia. Puis la chaleur et la fumée commencèrent à diminuer d’intensité.

Mais ce ne fut qu’après un temps assez long que Kazan et Louve Grise purent dégager leurs têtes et respirer plus librement. Sans cette propice bande de sable, ils eussent été complètement rôtis. Car, partout en arrière d’eux, la nature était devenue toute noire et le sol était entièrement calciné.