La fumée s’éclaircit enfin. Le vent remonta au nord et à l’est, et la dissipa ou refoula, tout en rafraîchissant l’atmosphère.
Le chat-pêcheur, le premier, se décida à regagner la terre et à s’en retourner dans ce qui demeurait de la forêt. Mais les porcs-épics étaient encore enroulés lorsque Kazan et Louve Grise se décidèrent à quitter leur asile.
Ils marchèrent toute la nuit suivante, en longeant la rive du fleuve, dont ils remontèrent le courant. La cendre était chaude et leur brûlait douloureusement les pattes. La lune était rouge encore et sinistre, et semblait toujours un éclaboussement de sang dans le ciel.
Durant les longues heures où cheminèrent côte à côte les deux bêtes, tout était silence autour d’elles. Rien, pas même le hululement d’une chouette. Car, devant le grand feu, tous les oiseaux avaient fui aussi, à tire-d’aile, sur l’autre rive. Aucun signe de vie ne subsistait sur cette terre qui, hier encore, constituait, pour les hôtes sauvages du Wild, un paradis.
Kazan savait que, pour trouver sa nourriture et celle de Louve Grise, il lui fallait aller plus loin, beaucoup plus loin.
A l’aurore, le couple arriva à un endroit où le fleuve, déjà moins large, formait une sorte de marais.
Des castors y avaient construit une digue, grâce à laquelle Kazan et Louve Grise purent enfin passer sur la rive opposée, où la terre redevenait verte et féconde.
XIII
LE PROFESSEUR PAUL WEYMAN PHOTOGRAPHIE KAZAN ET LOUVE GRISE
Ils trottinèrent, deux jours encore, dans la direction de l’ouest. La contrée où ils se trouvaient maintenant, dite le « Waterfound », était extrêmement humide et marécageuse. Ils y demeurèrent le reste de l’été.
Dans cette même contrée, un métis d’Indien et de Français, qui se nommait Henri Loti, s’était construit une cabane.