Cette même nuit, sous la froide clarté de la lune, Kazan et Louve Grise reprirent leur course et s’éloignèrent de la cabane.
De factorerie en factorerie passaient les funèbres messagers de mort. L’un d’eux, qui venait du Lac du Renne et avait longé le Lac Wollaston[28] arriva, en traversant sur la glace le Lac Athabasca, au Poste du Fond-du-Lac.
[28] Le Lac du Renne et le Lac Wollaston sont situés au sud du Lac Athabasca, ainsi que les Forts Albany et Churchill.
— La Mort Rouge, disait-il, a contaminé les Indiens, eux aussi, depuis les riverains de la Baie d’Hudson jusqu’aux Crées et aux Chippewas, entre les Forts Albany et Churchill. Mais, je vais plus loin, vers l’ouest, porter la nouvelle.
Trois jours plus tard, un second messager arriva du Fort Churchill, porteur d’une lettre officielle de l’agent principal, avertissant les gens du Poste du Fond-du-Lac qu’ils eussent à se préparer sans retard, pour la Mort Rouge.
L’homme qui reçut la lettre devint, en la lisant, plus blême que le papier qu’il tenait entre ses doigts.
— Ceci, dit-il, signifie que nous devons creuser des tombes ! Ce sont les seuls préparatifs utiles qu’il y ait à faire !
Il lut la lettre à haute voix et tous les hommes valides furent désignés pour aller prévenir, sur le territoire du Poste, tous les camarades épars dans les forêts.
On se hâta de harnacher les chiens. Sur chaque traîneau qui partait, on déposait outre les médicaments usuels, un rouleau de cotonnade rouge, dont seraient faits les lugubres signaux de pestilence et d’horreur, et qui mettait de violents frissons aux mains des hommes qui le chargeaient.
Louve Grise et Kazan rencontrèrent la piste d’un de ces traîneaux, sur la glace du Fleuve du Castor-Gris, et tous deux la suivirent durant un demi-mille. Le lendemain, ils tombèrent sur une seconde piste, et, le surlendemain, sur une troisième.