— Dieu merci, vous êtes arrivé à temps, dit-il. Elle croyait que vous vous étiez noyé, et elle en serait morte, j’en suis sûr. Nous avons dû la surveiller la nuit, elle sortait pour errer dans la vallée. Elle disait qu’elle vous cherchait. Et tenez, précisément, ce soir quand vous m’avez entendu l’appeler, elle venait de partir.
En entendant ces mots, Kent fut profondément ému. Il pensa : « Je comprends maintenant : c’est sa pensée qui m’attirait ici ».
— Ma femme et moi, reprit Mac Trigger, avons traversé de bien cruels moments, car nous la voyions dépérir. Mais enfin vous voilà. Vous aussi, vous avez dû la croire morte jusqu’au moment où O’Connor vous a appris ce qui est arrivé.
— O’Connor ! s’exclama Kent.
— Vous n’avez pas rencontré O’Connor au Fort-Simpson ? dit Mac Trigger, vivement étonné. Mais alors vous croyiez toujours que Marette était morte !… Qui vous a poussé à venir ici ?
— Moi-même, pour trouver une consolation suprême dans cette vallée qu’elle aimait tant, pour vivre encore avec sa pensée.
L’exaltation avec laquelle Kent prononça ces paroles empêcha Mac Trigger de rester incrédule et lui fit éprouver une exaltation semblable.
— Voilà pourquoi vous étiez si émus tous deux, mes braves cœurs, dit-il en écartant les bras comme s’il voyait encore Kent et Manette se précipitant l’un vers l’autre.
— Comment a-t-elle échappé à la mort ? demanda Kent.
— Une branche d’arbre l’a portée au delà de la Chute. Elle vous a cherché tout le lendemain, et le surlendemain encore, avec l’aide d’O’Connor.