— O’Connor ! Mais il était déjà parti pour Fort-Simpson depuis plusieurs jours ! Comment se trouvait-il là ?
— En effet, tout cela doit vous paraître étrange. Mais asseyons-nous. Procédons avec ordre, Kent, dit Mac Trigger en indiquant un siège à son ami et en s’asseyant lui-même. Laissez-moi d’abord vous interroger pour que je sache ce que vous ignorez. J’achèverai de vous mettre au courant.
— Je ne sais rien. Je me suis tenu caché pour éviter la police. J’avais vécu dans la forêt, et c’est grâce aux indications que m’avait données jadis Marette que j’ai pu trouver mon chemin jusqu’ici.
— Vous avez donc vécu plus d’un an dans l’inquiétude, mon pauvre ami. Mais on ne vous poursuivait plus, Kent. Le lendemain même de votre fuite, tout le Landing connaissait quel était le meurtrier de Kedsty.
— Oh ! j’aurais dû m’en douter, s’écria Kent. Oui, O’Connor m’avait bien dit qu’il se déroberait à l’ordre que lui avait donné Kedsty. Il se méfiait de notre chef… O’Connor !… O’Connor l’a tué !… Mais, c’est impossible, il ne l’aurait pas frappé par derrière. Il ne se serait pas rendu coupable d’une lâcheté.
Mac Trigger sursauta à ce mot.
— Vous ne savez donc rien ? dit-il, d’une voix sourde. J’aurais préféré de ne pas être obligé de tout vous dire moi-même… Et cependant, oui, il vaut mieux que ce soit moi. Ce n’est pas à Marette à vous apprendre tout cela, ni à elle ni à personne : c’est à moi.
Il se leva, prit sur la cheminée une photographie et la montra à Kent en se rasseyant lourdement.
— Mon frère, dit-il. Je l’aimais. Nous étions des inséparables depuis quarante ans. Marette appartenait autant à lui qu’à moi. Cette photographie date de l’époque où nous étions redevenus presque heureux. Le visage d’un honnête homme, n’est-ce pas, Kent, une belle physionomie ouverte, la droiture même, un cœur d’or, rien d’un lâche. Ah ! certes non…
Il alla replacer le portrait sur la cheminée et vint s’asseoir à côté de Kent.