En un éclair, tout ce que O’Connor lui avait dit lui revint à la mémoire : cette jeune fille sur la route, Kedsty troublé, le mystère de toutes les circonstances présentes. Pourquoi venait-elle le voir ? Quel pouvait être le motif de sa visite, sinon de le remercier d’avoir, par ses aveux, rendu la liberté à Sandy Mac Trigger ?
O’Connor avait raison. Elle s’intéressait certainement à Mac Trigger et venait exprimer sa reconnaissance. Il prêta l’oreille : des bruits de pas résonnèrent dans le corridor. Ils approchaient rapidement et s’arrêtèrent devant la porte. Une main toucha le loquet, mais la porte ne s’ouvrit pas tout de suite. Il entendit la voix de Cardigan qui se retirait. Son cœur battait et il s’étonna de se sentir si bouleversé.
CHAPITRE V
LA VISITEUSE
Sans le moindre embarras, la visiteuse entra dans la chambre de Kent.
Il fut frappé par son regard qui avait bien, comme disait O’Connor, une nuance violette. Elle le regardait non pas avec des yeux fulgurants tels qu’il se les était imaginés, mais avec curiosité et interrogation. La physionomie de l’étrangère, au lieu d’être empreinte de reconnaissance, comme il s’y attendait, demeurait imposante. Il fut frappé par son étonnante chevelure, son exquise figure pâle, sa sveltesse et toute sa beauté, tandis qu’elle s’appuyait légèrement à la porte, la main encore sur le loquet.
La magnificence de sa chevelure la faisait paraître plus grande qu’elle n’était en réalité ; et la finesse de sa taille complétait cette illusion. Sous sa jupe légère d’étoffe brune se montraient de ravissantes chevilles et de tout petits pieds sur de hauts talons, selon la remarque d’O’Connor.
Kent sentant qu’il rougissait, dut chercher à se donner une contenance. La jeune fille sourit du bout des lèvres et baissa pour la première fois les yeux.
Avant qu’il eût trouvé quelques mots à lui dire, elle avait pris une chaise et s’était assise à son chevet.
— Vous croyez donc que vous allez mourir ? demanda-t-elle d’une petite voix décidée.
— Est-ce que je vous parais accablé à cette idée ? dit-il d’un ton plaisant.