— Je viens presque de décider Kedsty à vous laisser partir sans vous inquiéter. Je reviendrai à la charge : il ne peut me refuser cela.
— Kedsty ?
— Oui. Dans cinq jours passera la brigade de Jean Lassalle. Vous vous embarquerez avec Lassalle qui se rend dans le Nord.
— C’est un piège de cet hypocrite, de ce traître qui veut s’emparer de moi.
— Il me donnera sa promesse formelle. Il sait ce qui l’attend s’il ne s’exécutait pas.
— Non, Marette, je ne puis vous laisser entre ses mains.
— Je n’ai rien à craindre ici. Kedsty n’a plus pénétré dans cette chambre depuis le jour où votre ami, le géant à la tête rouge, nous a rencontrés. Il n’a même pas mis le pied sur la première marche de l’escalier. C’est la ligne de mort. Il ne la franchira pas. Mooie veille sur moi, et il ne demanderait pas mieux que d’envoyer Kedsty dans l’autre monde. Lorsque j’ai dû m’absenter pour… ce que vous appelez mon affaire, Kedsty a cherché à me retenir. J’étais déjà dans la barque. Mooie est survenu par hasard. Kedsty a cru sans doute qu’il venait pour moi, il s’est dissimulé derrière des roseaux et a porté par derrière un grand coup de son bâton ferré sur la tête de l’Indien. Mooie n’en est pas mort, il sait d’où vient le coup, et je n’aurais qu’un mot à dire… vous me comprenez. Ainsi vous pouvez partir sans vous tracasser sur mon compte, Kent. Je suis en sûreté.
Elle avait voulu prendre un ton d’énergie en prononçant ces dernières paroles, mais Kent sentit qu’elle était à bout de forces. Il lut dans les yeux de Marette une grande tristesse et il pensa que cette tristesse lui permettrait de vaincre son obstination.
— Eh bien, soit ! Admettons que je parte comme vous me dites. Que ferai-je ensuite ?
— Vous devez oublier ce qui s’est passé et ne pas songer à ce qui peut arriver. Vous ne m’aiderez en rien. Au contraire, vous risquez de me porter tort.