— Vous voulez que je vous oublie, vous aussi ?
— Je ne dis pas cela, Kent, non, pas cela. Plus tard, dans quelque temps… dans quelques années, si le hasard de votre route vous conduisait dans la Vallée du Silence, peut-être m’y retrouveriez-vous.
— Désirez-vous que je vous revoie ?
— Pourquoi cette question ? Il me semble qu’elle est inutile. C’est au delà du pays du Soufre que vous devez vous rendre pour trouver la Vallée du Silence. On passe par la brèche entre le pays du Nord et le Nahani du Sud, ne vous trompez pas, Kent, si vous tenez vraiment à y aller. En passant par Dawson et par Skaway, vous feriez un long détour inutile… La police ne vous trouvera pas chez nous… Je vous en dirai plus long avant l’arrivée de la brigade de Lassalle, mais ce soir, je dois me taire.
— Bon ! Puisque vous m’indiquez si bien mon chemin, c’est que vous désirez que je le prenne. Je ne tiens pas à en savoir davantage, Marette. Ça me suffit, vous me remplissez de joie… Maintenant, préparez-vous. Ce chemin, nous allons le suivre ensemble.
Elle eut un geste de dépit. Il crut d’abord se tromper, mais il vit que le visage de Marette exprimait de l’indignation, il en fut d’autant plus frappé qu’elle lui dit d’une voix presque aphone :
— J’avais une grande foi en vous, Kent, je pensais que c’était réciproque.
Depuis qu’elle s’était assise, il avait marché dans la pièce, évitant de trop s’arrêter devant elle, surtout dans ces derniers instants. Il s’empara d’un siège et s’assit à côté d’elle.
— Marette, une dernière fois, vous tenez donc à ce que je parte sans vous ?
— Je ne cesse de vous le répéter.