— Eh bien, dit-il avec un soupir rauque, je partirai. Mais à une condition.

— Je ne veux pas qu’il y ait de condition ! répliqua-t-elle avec force, mais une douceur passa dans ses yeux.

— Une condition qui ne peut vous gêner. C’est de répondre à une question qui ne concerne que vous et moi. Je respecte votre secret, mais je désire savoir, non qui vous êtes — vous êtes mon âme — je veux que vous me disiez ce qui vous a poussée à… vous intéresser à moi, qui vous étais certainement inconnu.

— Ce n’est que cela ! s’écria-t-elle étourdiment.

Et il vit reparaître une seconde la Marette moqueuse de tantôt.

« Ce n’est que cela ! Oh ! mon pauvre ami, c’est bien simple. »

Elle pencha la tête un instant, comme pour se recueillir, et, dans les quelques mots qu’elle dit ensuite, dix fois peut-être sa voix changea de nuances, comme un lac qui reflète en avril un nuage balayé par le vent. Toute la richesse de sa nature si complexe et spontanée se révéla dans sa voix flexible qui, aux derniers mots, fut un soupir d’amour.

— Je puis vous satisfaire aisément… Oui, au fait, je comprends que vous soyez intrigué. Je viens de passer quatre ans à Montréal… Une hypocrisie !… Quel contraste avec chez nous où les gens sont si francs, si vraiment cordiaux ! On m’a habillée en poupée. Vous ne m’apprendriez rien en me disant que mes souliers ont besoin d’un coup de sécateur au talon… La raison pour laquelle je continue à m’habiller comme dans la mascarade de Montréal et qui m’a conduite ici, je dois vous la taire… A Montréal, j’avais appris à détester les hommes, et j’ai été prodigieusement séduite par votre acte : ce beau mensonge. J’ai pensé : voilà un être qui n’est pas de la trempe des autres. Cardigan était déjà perplexe, il craignait que vous ne pussiez survivre à votre blessure. C’est ce que m’a dit Kedsty qui, lui, était persuadé que vous en réchapperiez. Alors, j’ai tenu à vous voir… C’est tout simple. J’ai voulu vous aider parce que je ne pouvais m’en empêcher, parce que… — il est bien sûr que vous partirez dans, cinq jours, seul, n’est-ce pas ?… — parce que je vous aimais… Eh oui !

— Marette ! Mais vous paraissez triste !

— Non, dit-elle d’un ton qui pourtant ne démentait pas la mélancolie de son regard.