— Si vous en avez le moindre désir, je descendrai, moi, à votre place. Ah ! certes oui, je descendrais bien volontiers. Voulez-vous ?
— Non, non, malheureux ! Ne vous montrez pas !
Elle disparut aussitôt en emportant la lumière.
En se courbant il pénétra dans la soupente. A la lueur d’une allumette, il aperçut une lampe posée sur une caisse. Mais attentif surtout à ce qui allait se produire en bas, dans le corridor, il laissa l’allumette s’éteindre.
Aucun éclat de voix lorsque Kedsty aborda Marette. La porte du corridor se ferma, puis celle d’une pièce du rez-de-chaussée, et un grand silence s’établit.
Kent se tint longtemps sur la porte, prêt à descendre, mais aucun bruit de discussion ne lui parvint. En tâtonnant, ses mains rencontrèrent une chaise. Il s’assit, et la tête dans ses mains, il essaya de découvrir la raison pour laquelle Marette persistait à vouloir demeurer chez son ennemi.
Il la revit au moment où elle avait dénoué sa chevelure, et cette vision fut bientôt seule à occuper sa pensée. Puis il se rappela un tableau qu’il avait vu jadis à Montréal, l’Esprit de la Solitude, peint par Conné, le peintre franco-canadien, ami de lord Strathcona, qui était allé chercher son inspiration au cœur même de la forêt.
L’Esprit de la Solitude ! Mais c’était le portrait de Marette ! Comment n’y avait-il pas songé plus tôt ? Marette enveloppée de ses cheveux, les lèvres entr’ouvertes, les yeux brillants, la taille droite, toute frémissante d’énergie, c’était celle qui avait apparu à Conné, l’âme de la Forêt. Elle personnifiait le pays de Dieu, situé en aval des Trois-Fleuves, sa beauté, son soleil, le courage et la gloire de ce Nord splendide.
Il pouvait être sans crainte : une telle fille saurait résister aux perfidies de Kedsty. Il n’avait plus qu’à attendre.
Il se décida alors à allumer sa lampe.