La pièce ne mesurait pas plus de dix pieds carrés ; nulle part il n’aurait pu s’y tenir debout.

Dans un coin se trouvait un lit de camp, et, au centre, une couverture servait de tapis. Il sourit en apercevant une petite table sur laquelle n’était dressé qu’un couvert, mais Marette avait entassé des vivres pour dix personnes : une couple de coqs de bruyère, dont la peau avait la couleur dorée des noisettes, une large tranche d’élan, des olives, une boîte de cerises en conserve tout ouverte, un pain, des biscuits, du beurre, du fromage, une des précieuses bouteilles thermiques de Kedsty qui contenait sans doute du café ou du thé chaud.

Sur le plancher gisait un havresac, tout gonflé, et, posé à côté, une carabine Winchester. Il la reconnut : il l’avait vue au mur de la cabane de « Doigts-Sales ».

L’orage n’avait point cessé, et le bruit de la pluie contre les tuiles lui faisait physiquement apprécier l’abri sous lequel il se trouvait. Quand il eut quitté ses vêtements humides, il se frictionna avec vigueur et se prit à sourire en songeant au délicieux plaisir qu’il éprouverait à rencontrer Kedsty pour le saluer à la manière qu’il employa envers Mercer. Il aurait certainement un jour l’occasion de revoir l’ami Kedsty. Toute sa bonne humeur lui revint, et, pour compléter la réaction qu’il venait de prendre en se frictionnant, il se mit, quelques minutes, à boxer dans le vide un Kedsty imaginaire.

« Je serais certainement parvenu à lui remuer le sang », se dit-il en sentant les chaudes pulsations de son cœur, tandis qu’il entrait dans les vêtements préparés par Marette. Il éprouva cependant une certaine gêne en songeant qu’il se tenait caché à un moment où Marette était dans l’angoisse. Non, décidément, non, il ne la laisserait pas ici. Ce serait pour la nuit suivante. A son tour de la protéger.

Quand il eut acquis la conviction de vaincre la résistance de Marette, il osa s’asseoir devant la table, et fit disparaître quelques olives. Par scrupule, il ne toucha pas aux coqs de bruyère, mais il commença d’attaquer la tranche d’élan, et, sans s’en apercevoir, il l’acheva. Un morceau de fromage suivit, et l’idée lui vint de voir si la bouteille de Kedsty contenait du café ou du thé.

Il aurait bien voulu fumer une pipe. Peut-être, en ouvrant la lucarne, cela lui serait-il permis, mais la lucarne n’était pas à châssis mobile. Depuis un moment la pluie tombait avec moins de force, on pouvait apercevoir quelques étoiles entre les nuages. Bientôt le ciel se découvrit tout entier.

Kent éteignit la lampe et entr’ouvrit la porte de quelques pouces, pour écouter, maintenant que le bruit de la pluie avait cessé. Mais aucun éclat de voix n’était perceptible.

Laissant la porte entr’ouverte, il s’assit sur son lit, le dos au mur, et demeura immobile durant un temps qui lui parut interminable. Il voulut voir l’heure. Il fallait pour cela fermer la porte, frotter une allumette et il s’en sentit incapable. Il lutta contre lui-même, puis contre O’Connor qui essayait de le dissuader de se rendre au bateau de Sanderson… Il dormait.

Il ne sut combien de temps il était resté plongé dans le sommeil, quand il fut soudain réveillé par un bruit. Était-ce un cri ? Il en douta d’abord en reprenant ses sens, mais, sous l’effet de l’anxiété, il en devint certain.