Elle poussa un cri d’effroi, et s’élança hors de la pièce.

Il l’aurait suivie, s’il l’avait vue sortir de la maison, mais elle se dirigeait vers sa chambre.

S’approchant de Kedsty, il mit un genou à terre pour mieux l’examiner. Les bras de l’inspecteur de police étaient inertes. Rarement Kent avait vu une figure aussi convulsée. Son instinct d’enquêteur se réveilla. Il se rendit compte que son chef, qui avait reçu un coup sur le crâne, n’était point mort de ce choc. Sur le sol gisait un pistolet automatique Colt, appartenant à l’inspecteur, qui n’avait pu en faire usage.

Kent vit tout de suite que Kedsty avait été étranglé. Il ne tarda pas à trouver sous la table la lanière de cuir dont le meurtrier s’était servi. Aucune trace de lutte dans la pièce : donc Kedsty, par le coup reçu sur la tête, avait été rendu incapable de se défendre.

Cependant le désordre de ses vêtements montrait qu’il avait essayé de résister. Au revers de la main droite une double égratignure assez profonde, deux raclements d’ongles, à n’en point douter. Le meurtre avait été commis par deux personnes, l’une maintenant Kedsty immobile, l’autre l’étranglant.

Qui avait tenu Kedsty ? Marette ? Qui l’avait étranglé ? Mooie peut-être.

Marette Radisson était capable de tuer un insolent qui l’aurait outragée : mais porter un coup par derrière, se prêter à un assassinat, n’était pas possible de sa part. Mooie, pour se venger, n’aurait pas fait appel à l’aide d’une femme.

« Voilà ce que je voulais éviter » avait-elle crié dans ce premier mouvement de surprise où se dénonce la vérité. Qu’entendait-elle par là ?

« J’aurais voulu ne pas être obligée de tuer Kedsty ou d’aider à le tuer » ou bien : « J’aurais voulu que ce crime ne se produisît pas. »

« Mais, dans ce cas, pensa-t-il, elle aurait dû m’appeler. Peut-être m’a-t-elle appelé pendant que je dormais ? Pourquoi n’est-elle pas venue me chercher dès qu’elle a été seule ? Pourquoi son effroi en me voyant ? »