— Kedsty venait-il de vous offenser ou de vous menacer ? demanda-t-il, espérant encore qu’elle dirait « oui ».

— Non, Kent. Mais, qu’avez-vous ?

Il avait dû s’asseoir. D’une main crispée, il desserra le col de sa chemise, et, après quelques secondes de silence, il dit à Marette, sans la regarder :

— C’est vous, maintenant, qui partirez. Moi, je reste.

— Que dites-vous, Kent ?

— Après m’avoir sauvé, vous m’avez perdu. Partez… Je vous laisse partir, mais faites vite, vite…

— Kent ! Je vous ai perdu ! Vous voulez que je parte ! Vous perdez la tête ! Et vous donc, qu’allez-vous faire ?

— Me rendre à la caserne.

— Pourquoi ?

— Pourquoi ! répéta-t-il en se levant et en frappant le sol du talon. Parce que je ne veux pas, une seconde fois, passer par où je suis passé… Quand j’ai voulu sauver un ami, j’ai menti, parce que j’étais sûr qu’on ne me croirait pas, mais qu’on serait légalement obligé de me croire. Mon crime supposé avait une excuse : la vengeance. Je ne compromettais que mon honneur professionnel. Ça été dur, il m’en a coûté… Mais aujourd’hui, c’est de mon honneur d’homme qu’il s’agit ! On pourrait croire que j’ai assassiné Kedsty. Non, non jamais.