Lorsqu’ils eurent parcouru encore un quart de mille, ils atteignirent le bord du bayou.

Les éclairs ne les guidaient plus, mais leurs yeux s’étaient habitués aux ténèbres. Marette, qui tenait solidement la main de Kent, marchait en avant. Elle allait avec sûreté vers l’endroit où elle savait qu’elle trouverait le pieu auquel était attachée l’amarre du bateau. Elle laisserait un moment croire à Kent qu’elle s’était perdue. Lorsqu’elle aperçut, à deux pas d’elle, le pieu cherché, elle sourit de cette innocente plaisanterie. Mais non, sa main erra dans le vide. C’était peut-être un peu plus loin. Toujours rien.

Elle éprouva une inquiétude poignante, mais voulant d’abord n’en rien laisser paraître, elle demanda, du ton qu’elle eût employé pour une supposition quelconque :

— Que ferions-nous, Kent, si le bateau n’était pas là ?

Tout de suite il comprit. Il comprit à une certaine fluctuation de la voix de Marette, et s’il fut certes ému de cette fatalité, il fut troublé aussi de reconnaître qu’il possédait l’âme de Marette au point d’en démêler tous les accents.

— Eh bien, répliqua-t-il gaillardement, ce serait fâcheux, mais il n’y aurait pas là de quoi se désoler. Nous en serions quittes pour ne partir que la nuit prochaine. Chez Crossen, nous trouverions aussi un bon canot, et il n’y a aucun danger qu’on nous déniche ici.

Elle aussi se rendit compte au ton de sa voix qu’il avait découvert la cruelle vérité.

— Croyez-vous que nous ne puissions pas le retrouver ? demanda-t-elle aussitôt. Sous l’effet de la bourrasque, il a entraîné le pieu, qui est une immense barre. N’a-t-elle pu s’accrocher aux roseaux ou à quelques racines de la berge ?

Plus d’une heure, ils pataugèrent dans l’eau qui leur montait parfois jusqu’aux genoux, mais leur recherche fut vaine.

Brisés de fatigue, ils s’assirent sur une roche qui surplombait l’étang d’un pied ou deux.