Ses habitudes inamovibles prenaient des vacances complètes. Il en oubliait même la faim, et les marmottes et les loirs n’avaient rien à craindre de lui.
Il était infatigable. Il errait le jour et la nuit en quête de sa bien-aimée.
Il est tout naturel qu’à pareil moment il eût presque complètement oublié Muskwa.
Au moins dix fois avant le coucher du soleil, il traversa et retraversa le ruisseau. L’ourson dégoûté et sur le point d’abandonner la partie, se noyait à moitié à chaque fois pour le suivre.
A la douzième édition, il se révolta, et continua d’avancer sur la rive où il était.
Le grizzly ne tarda d’ailleurs pas à le rejoindre.
Ce fut au moment où le soleil se couchait que se produisit l’inattendu.
La brise très légère tourna brusquement à l’Est et, des contreforts de l’Ouest, parvint à Tyr une odeur qui l’immobilisa pendant une demi-minute.
L’instant d’après, il s’élançait à l’assaut, l’allure la plus comique qui soit, surtout chez un ours grizzly.
Muskwa roula derrière lui comme une balle, se hâtant de toutes ses forces, mais perdant du terrain à chaque bond. Sur cette longueur d’un demi-mille il aurait complètement perdu Tyr de vue si le grizzly ne s’était arrêté au pied de la seconde pente pour s’orienter à nouveau.