Au cours de la nuit qui suivit leur séparation d’avec Iskwao et Pipoonaskoos, le grand grizzly et l’ourson à la frimousse brune errèrent sans sommeiller sous les étoiles étincelantes.
Tyr ne songeait pas à chasser le gros gibier.
Il gravit une pente abrupte, descendit prudemment un éboulis et parvint à une prairie verte où poussaient à profusion les violettes dent-de-chien, dont les racines bulbeuses constituent un mets savoureux. Il passa donc la nuit à creuser et à manger.
Muskwa, qui s’était bourré de racines de spring beauty, n’avait pas faim et, comme il s’était reposé au cours de la journée, en somme, il trouva la nuit délicieuse.
La lune se leva vers dix heures. Jamais, au cours de sa courte vie, Muskwa n’avait contemplé lune aussi énorme, aussi rouge et aussi belle.
Lorsqu’elle commença de paraître par delà les pics, on eût dit un incendie de forêt.
Elle ne tarda pas à baigner toute la montagne d’une lumière harmonieuse.
La courbe dans laquelle ils se trouvaient et qui contenait environ dix acres de prairie était illuminée comme en plein jour.
Le petit lac au pied de la montagne scintillait comme une plaque d’argent dépoli et le petit ruisseau qui l’alimentait, né de la fonte des neiges éternelles à quelque mille pieds au-dessus, semblait, avec ses cascades brillantes, une rivière de diamants.
Autour de la prairie s’érigeaient des touffes de buissons, quelques pins balsamiques et quelques sapins d’un bel effet décoratif.