Il dressa un peu ses oreilles, il gémit doucement pour solliciter l’amitié de cette petite créature susceptible de lui tenir compagnie en cette heure de solitude et de crainte.

Centimètre par centimètre, il se traîna sur le ventre hors de sa cachette. Enfin se petite tête ronde et crêpue sortit du trou et il regarda autour de lui.

La piste était vide et il s’avança dans la direction de la gerboise. Avec un cri aigu, la bestiole rayée se précipita vers sa propre forteresse et Muskwa fut de nouveau seul.

Il mit quelques instants à se décider, flairant l’air lourd de l’odeur du sang, de celle des hommes, de celle de Tyr. Puis il se mit à gravir la montagne.

Il savait que Tyr avait pris cette direction-là, et, si Muskwa possédait une âme, il n’avait qu’un seul désir : rejoindre son grand ami, son protecteur.

La crainte des chiens et celle des hommes, éléments inconnus dans sa vie jusqu’à ce jour, étaient surmontées par celle qu’il avait d’avoir perdu Tyr.

Il n’eut pas besoin de ses yeux pour suivre la piste. Elle était chaude sous son nez et ce fut avec ardeur et de toute sa vitesse qu’il reprit l’ascension en zigzag de la montagne.

Il y avait des endroits où il lui était très difficile de progresser à cause de ses jambes trop courtes ; mais il continua vaillamment et plein d’espoir, encouragé par le fumet très net de Tyr.

Il lui fallait une bonne heure pour atteindre l’espace découvert qui s’étendait entre les derniers éboulis, la ceinture de neige et la crête.

Il était donc environ quatre heures lorsqu’il entreprit de parcourir les derniers trois cents mètres qui le séparaient du sommet de la montagne.