— Adieu, petit, dit-il d’une voix qui sombrait, adieu, petit rageur ! Peut-être un jour reviendrai-je te voir. Et tu seras un grand diable d’ours, mauvais comme une gale. Mais je ne tirerai pas, jamais… jamais…
Et il se hâta vers le Nord. A trois cents mètres, il se retourna. Muskwa essayait de le suivre, mais il perdait du terrain. Langdon agita la main.
— Adieu ! Adieu ! criait-il d’une voix étranglée.
Une demi-heure plus tard, il regarda du sommet de la pente en se servant de sa jumelle. Au loin, Muskwa ne faisait plus qu’une petite tache noire. L’ourson s’était arrêté et il attendait avec confiance le retour de son ami.
Alors, essayant encore de rire, mais bien vainement, Langdon passa la crête et sortit de la vie de Muskwa.
CHAPITRE XXI
MUSKWA A LA RECHERCHE DE SON AMI
Muskwa suivit la piste de Langdon pendant un bon demi-mille. Au début de sa poursuite, il courut ; puis marcha et finit par s’arrêter et s’asseoir sur son derrière, comme un chien, les yeux à la pente lointaine.
Si Langdon avait été à pied, Muskwa ne se fût pas arrêté avant que de se sentir très fatigué. Mais l’ourson n’avait nullement goûté sa prison de cuir, où il avait été effroyablement cahoté et bousculé. Deux fois le cheval qui le portait s’était secoué, et pour Muskwa ç’avait été deux tremblements de terre.
Or, il savait que la cage, de même que Langdon, était partie en avant. C’est pourquoi il s’assit un instant, gémit d’un air soucieux, mais ne marcha pas plus avant.
Il était bien sûr que cet ami pour lequel son amour avait grandi avec lui-même ne serait pas longtemps sans revenir. Toujours il revenait et il n’avait jamais trompé Muskwa.