Il suffit parfois d’une minute pour changer une destinée. Il ne fallut que dix secondes pour modifier celle de Tyr.
Ce fut comme si l’un des éclairs qu’il avait pu voir bien souvent zigzaguer dans le ciel d’orage lui avait pénétré la chair. Et avec cette première douleur, lancinante comme une brûlure, lui parvint le rugissement amplifié des carabines.
Il n’était pas à deux cents mètres de la ravine, lorsque la balle le frappa, comme un coup de fouet, fit champignon sur la peau dure et lui laboura l’épaule gauche sans effleurer l’os heureusement.
Il en était à trois cents mètres, lorsqu’il fut frappé de nouveau, cette fois à la hauteur des côtes.
Ni l’une ni l’autre des deux balles n’avaient pu ébranler sa masse. Vingt balles tirées à cette distance ne l’eussent certainement pas tué.
Mais la deuxième l’arrêta net et il fit volte-face avec un rugissement qui ressemblait au beuglement d’un taureau fou ; clameur de rage qui s’entendit à plus d’un mille aux alentours.
Bruce brûlait sa septième cartouche sans résultat à sept cents mètres. Langdon, lui, rechargeait son arme, et Tyr s’offrit ouvertement, défiant l’ennemi inconnu qu’il ne pouvait plus distinguer.
Et puis, à la septième balle de Langdon, un sillon de feu lui laboura longuement l’échine.
Alors Tyr, effrayé soudain par cette foudre d’un nouveau genre et impuissant à la combattre s’achemina vers la brèche du col.
Il perçut d’autres de ces roulements analogues à du tonnerre, mais la foudre ne le frappa plus.