Puis vint le sapoos-oowin, six heures après qu’il eut quitté le bain de glaise.

Les fruits du kinnikinnic, les baies saponifères, la résine, les aiguilles de sapin additionnés d’eau et mélangés dans son estomac produisaient leur effet puissant et Tyr se sentit beaucoup mieux, tellement mieux que, pour la première fois, il fit tête à queue et rugit dans la direction de ses ennemis.

Son épaule lui faisait toujours mal, mais le malaise était passé.

Pendant de longues minutes après le sapoos-oowin, il demeura sur place à rugir.

Le grondement hargneux qui roulait au fond de sa poitrine avait une signification nouvelle. Jusqu’à la veille il n’avait pas connu la haine. Il s’était battu avec d’autres ours, mais la fureur combative, qui s’exaspérait rapidement, s’apaisait également vite. Elle ne laissait pas de rancœur. C’était avec une sorte de joie qu’il léchait les blessures infligées par les griffes de l’adversaire.

Mais ce sentiment nouveau qui venait de naître en lui était tout différent de l’autre. Il haïssait l’étrange chose qui lui avait fait mal, d’une haine féroce, inoubliable ; il haïssait l’odeur de l’homme ; il haïssait l’étrange animal au visage blanc qu’il avait vu cramponné au flanc du ravin.

Et sa haine comprenait tout ce qui s’associait à eux. C’était une haine née de l’instinct et réveillée de sa longue torpeur par l’expérience.

Sans avoir jamais vu ni senti l’homme précédemment, il savait que l’homme était son ennemi le plus mortel, qu’il était plus à craindre que ses adversaires les plus implacables de la montagne.

Il eût attaqué sans crainte le plus géant de ses congénères. Il eût tenu tête hardiment à la horde de loups la plus féroce. Il eût bravé sans trembler l’inondation et le feu. Mais, devant l’homme, il lui fallait fuir. Il lui fallait se cacher.

Il lui faudrait dorénavant se garder constamment sur les pics et dans la plaine, avec les yeux, les oreilles et le nez.