Seule la nature eût pu expliquer comment il sentait cela, comment il comprenait que son domaine était envahi par une créature qui, en dépit de sa petite taille, était cependant plus à redouter que tous ses précédents ennemis.

La nature le lui avait appris.

Elle lui avait appris, à travers des centaines et des milliers de générations, que l’homme était son seul et unique maître… l’homme avec la massue d’abord… puis l’homme avec l’épieu durci au feu… l’homme encore avec la flèche aiguë… l’homme avec ses trappes et ses pièges… l’homme enfin avec le fusil !

Et maintenant, pour la première fois, cette partie endormie de son instinct s’était réveillée en sursaut et il comprenait.

Il haïssait l’homme et, dorénavant, il haïrait tout ce qui porterait l’odeur de l’homme.

Et avec cette haine naissait en lui, pour la première fois : la crainte !

Si l’homme n’avait pas jadis acculé à la mort les ancêtres de Tyr, le monde n’eût jamais connu le grizzly sous le sobriquet d’ursus horribilis !

Il continuait à suivre le ruisseau, flairant de-ci de-là et sans jamais ralentir, cou penché et tête baissée.

Son énorme arrière-train se levait et s’abaissait avec ce déhanchement comique particulier à tous les ours, et spécialement au grizzly.

La partie de la vallée dans laquelle il venait de pénétrer avait pour Tyr un attrait tout particulier.