— Viens-t’en, petit, exprima-t-il, reprenant sa marche vers le Nord.
L’ourson à la frimousse brune, l’ourson sans mère suivit joyeux.
CHAPITRE VI
LE CARIBOU
Le ruisseau que longeait Tyr était un tributaire de la Badine, et coulait presque en droite ligne dans la direction de la Skeena pass.
A mesure qu’il remontait le cours du ruisseau, le terrain devenait plus accidenté.
Sa rencontre avec Muskwa avait eu lieu à quelque dix milles de la gorge. A partir de ce point, les pentes prenaient un aspect différent. Elles étaient fortement ravinées et parsemées d’éboulis chaotiques.
Le ruisseau devenait plus sonore et le cours en était plus difficile à suivre.
Tyr pénétrait maintenant dans l’une de ses forteresses, une région qui contenait des milliers de cachettes au cas où il eût voulu se cacher. Un pays sauvage et bouleversé où le gros gibier abondait et où il était certain que l’odeur de l’homme ne le poursuivrait pas !
Pendant la demi-heure qui suivit sa rencontre avec Muskwa, Tyr continua d’avancer, entièrement oublieux, semblait-il, de la présence de l’ourson. Pourtant, il l’entendait et le sentait fort bien.
Muskwa avait du mal à suivre ! Son corps grassouillet et ses petites pattes courtes n’étaient pas accoutumés à cette manière de voyager ; mais c’était un gaillard courageux et il ne se plaignit qu’à deux reprises au cours de cette demi-heure : la première lorsqu’il dégringola du haut d’un rocher dans le ruisseau, l’autre parce qu’il appuya trop fort sur le piquant de porc-épic qu’il avait dans la patte gauche.