Finalement, Tyr se détourna du ruisseau, entreprit de gravir une profonde ravine qui débouchait sur une petite plaine en forme de plateau à mi-hauteur de la pente et s’arrêta à proximité d’une roche plate au milieu d’une sorte de pelouse.
La persévérance de Muskwa à le suivre avait sans doute fait vibrer une corde sensible dans le cœur du grand grizzly. Le fait est qu’après avoir flairé quelques instants de-ci de-là, il s’étendit auprès du roc. Ce fut seulement alors que l’ourson à la frimousse brune osa se coucher, mais il était tellement épuisé qu’il s’endormit en trois minutes.
Deux fois durant la première partie de l’après-midi, le sapoos-oowin produisit son effet sur Tyr et il commença de sentir la faim.
Ce n’était pas une faim à se laisser apaiser par des fourmis, des limaces ou même des loirs ou des marmottes.
Muskwa n’avait pas ouvert l’œil une seule fois et il dormait toujours profondément lorsque Tyr se décida à continuer.
Il était environ trois heures. L’après-midi était particulièrement calme. Les loirs avaient sifflé jusqu’à complète fatigue et lézardaient au soleil sur leurs rochers ; les aigles planaient si haut au-dessus des pics qu’ils n’étaient plus que des points dans l’azur.
Les éperviers, gorgés de viande, avaient disparu dans les sapins. Les moutons et les chèvres se détachaient sur le ciel, silhouettes accroupies au sommet des crêtes. Et s’il y avait des ruminants tout proche, ils avaient l’estomac plein et ils devaient somnoler.
C’était l’heure où Tyr se mettait en chasse. Il savait par expérience qu’il pouvait se déplacer avec moins de chance d’être découvert lorsque les autres créatures digéraient et faisaient la sieste.
C’était l’heure la plus favorable à la découverte du gibier et à son observation ; mais il ne tuait guère au grand jour, quoiqu’il surprît parfois alors un mouton ou un caribou.
C’était surtout au crépuscule que Tyr abattait son gibier. Il se leva avec un whouf prodigieux qui réveilla instantanément l’ourson brun.