Tandis que Muskwa s’étirait, Tyr le considérait avec une sorte de moue.
Après le sapoos-oowin, il avait envie de viande rouge et juteuse… il avait envie de viande… de beaucoup de viande… et il se demandait avec une pointe d’inquiétude comment il s’y prendrait bien pour attraper un caribou avec cet ourson affamé et fort encombrant à ses trousses !
Muskwa parut comprendre son état d’esprit.
Il courut en avant de Tyr et, après avoir parcouru une douzaine de mètres, s’arrêta et le regarda d’un air impudent en dressant ses petites oreilles. Il prit tout à fait l’air d’un garçonnet cherchant à convaincre son père de son aptitude à suivre une première chasse au lapin.
Émettant un deuxième whouf, Tyr se mit à descendre la pente. D’un seul élan il rattrapa Muskwa et, du revers de sa patte droite, il l’envoya rouler à quelques mètres derrière lui, manière d’exprimer clairement :
— Tâche moyen de rester derrière si tu veux chasser avec moi !
Les yeux, les oreilles et les narines alertes, Tyr descendit donc lentement jusqu’à deux cents mètres du ruisseau.
Il ne recherchait plus maintenant les chemins faciles, mais bien le terrain le plus accidenté.
Il avançait doucement en zigzag, faisant précautionneusement le tour des grands éboulis, flairant chaque ravine sur son passage et fouillant les boqueteaux et les fourrés.
Parfois, il était si haut, qu’il voisinait presque avec les sommets dénudés des monts ; d’autres fois, si bas, qu’il foulait le sable et le gravier du ruisseau.