Il surprit bien des fumets dans le vent, mais aucun ne l’intéressa assez pour qu’il s’y attachât.
Pas une seule fois au cours des deux heures qui suivirent, Tyr ne sembla prêter d’attention à Muskwa. L’ourson avait de plus en plus faim et se sentait de plus en plus las à mesure que le jour s’allongeait !
Dans les passages accidentés, il tombait et trébuchait fréquemment ; dans les éboulis, il avait toutes les peines du monde à gravir les blocs que Tyr franchissait d’un pas.
Trois fois le grand grizzly passa le ruisseau à gué et Muskwa se noya à moitié pour le suivre. Il était éreinté, rompu et trempé… Pour comble, sa patte lui faisait mal, mais il s’obstinait toujours.
Parfois, il était tout près de Tyr ; d’autres fois, au contraire, il lui fallait courir pour le rattraper.
Le soleil était sur le point de se coucher et Muskwa était presque mort lorsque Tyr découvrit enfin un gibier digne de lui.
L’ourson ne comprit pas tout de suite pourquoi Tyr aplatissait sa masse énorme derrière un rocher, à l’entrée d’une prairie raboteuse.
Il avait envie de pleurer et, de plus, il avait peur. Il n’avait jamais désiré à ce point la présence de sa mère.
Il ne savait pas pourquoi elle l’avait quitté et pourquoi elle n’était pas revenue. C’était l’heure où il tétait avant de s’endormir. Car il était né en mars et aurait dû téter jusqu’en août au moins.
A quelque trois cents mètres au-dessous de Tyr s’élevait un boqueteau de pins balsamiques au bord d’un lac en miniature qui occupait le fond d’un creux. Dans ce boqueteau il y avait un caribou, peut-être même deux ou trois… Tyr en était aussi certain que s’il avait pu voir.