Le wenipoo, l’odeur des ruminants couchés, était aussi différente pour Tyr du mechisoo, l’odeur des ruminants en train de paître, que le jour l’est de la nuit. La première flotte passagèrement dans l’air comme le parfum des cheveux d’une femme qui passe, l’autre s’étale, chaude et lourde à fleur de terre, comme l’odeur d’un flacon de parfum renversé.
Muskwa lui-même avait senti l’odeur. Il se rapprocha tout doucement du grand grizzly et se coucha.
Pendant dix bonnes minutes, Tyr ne bougea pas. Ses yeux sondèrent la courbe en coupelle, la rive du lac, l’orée du boqueteau et ses narines analysèrent le vent. Rassuré, il se mit en chasse en rampant presque sur le ventre.
Ses oreilles pointées en avant, une nouvelle lueur dans les yeux, Muskwa prit sa première leçon.
Tyr avançait lentement, sans bruit, dans la direction du ruisseau. Son énorme collerette se dressait à la naissance des épaules comme une fraise godronnée.
Pendant une centaine de mètres, il continua son crochet, sans cesser de flairer le vent, qui venait droit du boqueteau. Il était prometteur, ce vent. Tyr continua d’avancer en roulant sur son arrière-train. Il faisait de plus petits pas qu’à l’ordinaire et tous ses muscles étaient tendus pour l’action.
En deux minutes, il eut atteint l’orée des pins balsamiques et il s’arrêta de nouveau.
Un craquement de branches brisées lui parvenait distinctement. Les caribous s’étaient levés, mais ils n’étaient pas inquiets.
Ils allaient sortir du boqueteau pour aller boire avant de paître.
Tyr, silencieux, se déplaça. Muskwa semblait son ombre même. Ils parvinrent à la corne du bois. De là, caché par le feuillage, Tyr commandait la rive du lac et la courte étendue de plaine.