Un grand caribou apparut. Ses ramures avaient atteint les trois quarts de leur croissance et se couvraient de mousse verte.

Un jeune mâle de deux ans à peine, aux flancs lustrés et rebondis, luisant comme du satin brun, venait à quelques pas.

Pendant un temps, le chef de horde, yeux, oreilles et narines alertes, épiait le danger possible. Le jeune animal, moins méfiant, croquait une herbe, de-ci de-là.

Mufle levé, ramures basses, effleurant presque les épaules, le vieux caribou s’ébranla dans la direction du lac. Tyr, lui, sortit de sa cachette.

Pendant une fraction de seconde, il se ramassa sur lui-même et puis il bondit en avant. Quarante mètres au maximum le séparaient du jeune mâle. Il avait couvert la moitié de la distance, tel un bolide, quand les caribous l’entendirent. Ils détalèrent comme des flèches. Mais il était déjà trop tard.

Comme le vent, Tyr s’était porté sur le flanc du jeune caribou et l’avait un peu dépassé. Il obliqua légèrement sur le côté et d’un élan il s’enleva, telle une balle.

Sa formidable patte droite ceintura l’encolure du cerf, et, lorsqu’ils s’abattirent ensemble, sa patte gauche vint saisir et broyer le mufle frémissant.

Tyr tomba dessous comme toujours, replia une patte de derrière, la détendit et ses cinq griffes éventrèrent le caribou.

Elles ne firent pas que l’éventrer, mais tordirent et brisèrent ses côtes.

Alors Tyr se releva, jeta un coup d’œil circulaire et se secoua en grondant. Était-ce clameur de triomphe ou invitation au festin à l’adresse de Muskwa ? Si c’était une invitation, le petit ours à frimousse brune n’hésita pas à accepter.