Pendant quelques instants, les deux hommes tirèrent silencieusement sur leurs pipes.

— C’est presque inconcevable, émit Langdon, et pourtant c’est vrai. Et ce n’est pas une absurdité de la part de la nature, Bruce… c’est, au contraire, une preuve d’intelligence.

Si les oursons étaient comparativement aussi gros que des petits chats domestiques, la mère ours ne pourrait pas les allaiter pendant ces semaines au cours desquelles elle ne mange ni boit.

Par exemple, je ne comprends pas pourquoi les oursons noirs, quand ils naissent, sont la moitié plus gros que les petits grizzlys. Ce devrait être le contraire puisque les oursons noirs sont moitié moins grands que les mères grizzlys ! Je n’arrive pas à m’expliquer cette apparente anomalie !

Bruce interrompit son ami avec un bon rire.

— C’est pourtant facile à comprendre, Jimmy ! s’exclama-t-il. Te rappelles-tu que, l’année dernière, nous avons pu faire des boules de neige sur la montagne deux heures après avoir cueilli des fraises dans la vallée ? Plus haut tu montes, plus il fait froid. Aujourd’hui même, 1er juillet, tu gèlerais sur quelques-uns de ces pics. Un grizzly hiverne sur les hauteurs, Jimmy, un ours noir… dans les vallées.

Alors qu’il y a déjà quatre pieds de neige aux alentours de la tanière d’un grizzly, l’ours noir peut continuer à se nourrir dans les forêts des bas-fonds.

Il ne s’endort guère que quatre ou cinq semaines après le grizzly et il se réveille au printemps une ou deux semaines plus tôt.

Il est plus gras quand il se terre et moins maigre quand il ressort, de sorte que les mères ont plus de force pour allaiter leurs petits.

— Tu as mis en plein dans le mille ! s’écria Langdon enthousiaste. Bruce, je n’y aurais jamais pensé.