Depuis des années, il avait réglé sa vie de manière à pouvoir passer la plus grande partie de son temps dans la grande solitude. Il avait alors la passion de tuer. La maison s’emplissait de trophées de chasse, têtes et peaux de créatures qu’il avait abattues.

Et maintenant, voici que quelque chose étanchait en lui le besoin de tuer…

Au cours des toutes dernières semaines, il avait laissé vivre des centaines de créatures qu’il eût pu facilement abattre.

Aujourd’hui même, il avait épargné deux ours !

Au plaisir ancien de la chasse s’en substituait lentement, mais sûrement, un autre.

La main d’Achatt était sur lui. Il ne pouvait plus tuer pour le plaisir de tuer.

Il se souvenait d’un rêve curieux qu’il avait eu en s’endormant certain soir sur son travail dans le studio de sa maison.

Les têtes empaillées accrochées au mur s’étaient prises à revivre et l’une après l’autre avaient tourné vers lui leurs grands yeux brillants de lumière et l’avaient accusé de meurtre.

Quarante ans ! Les paroles de Bruce résonnaient toujours à ses oreilles.

Si une créature du désert pouvait atteindre un âge aussi avancé, combien d’années de vie n’avait-il pas détruites en ces jours de massacres où il s’était estimé un chasseur heureux ?