— C’est donc lui, s’écria-t-il avec une ardeur nouvelle dans la voix. Ne ferions-nous pas mieux d’abandonner les chevaux, Bruce ?
Le montagnard hocha la tête. Mais, avant d’émettre une opinion, il sauta de sa selle et étudia les flancs de la montagne devant lui à travers son long télescope. Langdon en fit autant avec ses jumelles prismatiques, mais sans rien découvrir non plus.
— Il est toujours dans les bas-fonds et probablement à trois ou quatre milles devant nous, fit Bruce… Nous pouvons toujours parcourir un couple de milles à cheval, avant de chercher un endroit où mettre au piquet nos canards ! L’herbe et les buissons seront secs d’ici là.
Il leur fut dès lors facile de suivre la piste de Tyr, car le grizzly ne s’était plus guère écarté du ruisseau.
A trois ou quatre cents mètres du grand éboulis au détour duquel le grizzly avait découvert l’ourson à la frimousse brune, s’érigeait un petit boqueteau de pins au cœur d’une courbe herbeuse ; les chasseurs y dessellèrent et y entravèrent leurs chevaux.
Vingt minutes plus tard, ils foulaient précautionneusement le tapis de sable fin sur lequel Tyr et Muskwa avaient fait connaissance.
La lourde pluie avait oblitéré les petites empreintes de l’ourson, mais le sable gardait celles très prononcées du grizzly.
Les yeux de Bruce scintillaient lorsqu’il se retourna vers Langdon.
— Il n’est pas très loin, chuchota-t-il. Ça ne m’étonnerait pas qu’il ait passé la nuit tout près, et il doit être en train de s’étirer quelque part par là.
Il mouilla un de ses doigts et le tint au-dessus de sa tête pour voir d’où venait le vent, puis il hocha de nouveau la tête.