Ses avant-bras avaient au moins le diamètre de la taille d’un homme ; les dix plus longues de ses griffes étaient des poignards acérés. Ses deux canines supérieures, aiguës comme des pointes de stylet, mesuraient largement deux pouces ; et, entre ses mâchoires puissantes, il pouvait broyer sans effort le cou d’un caribou robuste.
Comme la plupart des grizzlys, il ne tuait pas pour le plaisir. D’une horde de caribous, il choisissait une seule victime et la dévorait entièrement jusqu’à la moelle du dernier os.
C’était un monarque paisible.
Il n’imposait qu’une seule loi :
— Laissez-moi vivre ! disait-il.
Et son attitude l’exprimait impérieusement, cette loi, tandis qu’assis sur l’arrière-train, il flairait cette odeur étrange !
En sa force massive, en sa solitude et en sa suprématie, il était semblable à la montagne. Il n’avait pas plus de rivaux sur son territoire de chasse qu’elle n’en avait dans le ciel.
Comme elle, sa race dominait depuis des âges et des âges. Leur histoire était parallèle.
Nul n’avait osé contester ses droits à la suzeraineté sauf des mâles de son espèce. Avec de pareils adversaires, il s’était battu loyalement plus d’une fois en duel, à mort.
Il était tout prêt à combattre de nouveau quiconque refuserait de se plier à ses décrets sur l’étendue de son domaine. Jusqu’au jour où il serait vaincu, il était dictateur, arbitre ou despote, comme il lui plaisait.