Sa dynastie était maîtresse, depuis des millénaires peut-être, des riches vallées et des pentes vertes. Il était roi de droit divin, seigneur suzerain de son fief, et avait prouvé sa maîtrise par la force, ouvertement, sans cautèle ni stratégie.

Il était détesté et craint ; mais il ne détestait personne et ne connaissait pas la crainte. Au surplus, il était honnête. C’est pourquoi il pouvait attendre, de pied ferme et sans émotion bien apparente, l’être qui venait et dont l’odeur lui parvenait des profondeurs de la vallée.

Cependant qu’il humait toujours l’air de son nez brun si sensible, un vague instinct héréditaire, legs de générations passées, se réveillait confusément en sa conscience obscurcie.

Bien que jamais il n’eût flairé ce fumet tout particulier, il finissait par lui sembler qu’il le reconnaissait pourtant.

Non pas qu’il pût se figurer l’être nouveau dont il émanait, mais il savait confusément que cet être lui serait nuisible.

Pendant dix minutes, Tyr garda une immobilité de pierre ; puis le vent changea quelque peu, et l’odeur s’atténua pour s’en aller progressivement.

Tyr souleva ses oreilles plates. Il tourna son énorme tête, lentement, afin d’embrasser d’un regard la pente verdoyante et la petite plaine en coupelle.

L’odeur étrange était déjà oubliée maintenant que l’air parfumé n’en gardait pas trace.

Il retomba sur ses quatre pattes et commença sa chasse aux loirs.

Il était comique au possible… lui qui pesait huit cents kilos… de se donner autant de mal pour capturer ces bestioles de dix centimètres de longueur !