Au bout d’un temps, Tyr fit quelque chose dont il n’avait jamais été capable auparavant : il flaira doucement la petite balle de fourrure tiède entre ses pattes, et passa sa large langue rouge sur le visage de Muskwa.

Et Muskwa, qui rêvait peut-être à sa mère, se blottit encore plus près.

Il est arrivé, dit-on, que des petits enfants blancs aient conquis le cœur de sauvages sur le point de les massacrer.

Toutes proportions gardées, il s’était passé quelque chose d’analogue entre Muskwa et Tyr.

Le grand grizzly n’était pas encore fait à ce nouvel état de choses. Il lui fallait encore surmonter son dégoût invétéré des oursons en général et dominer des habitudes fermement établies par dix années de solitude.

Et cependant il commençait à comprendre qu’il y avait quelque chose de très agréable dans la proximité de Muskwa.

Avec la venue de l’homme, une nouvelle émotion était entrée en lui ou, du moins, l’étincelle d’une émotion.

Jusqu’au jour où l’on doit tenir tête à l’ennemi où l’on est menacé par un danger mortel, on n’apprécie pas complètement l’amitié.

Tyr, sur la piste duquel s’acheminaient pour la première fois des ennemis implacables, et qui se sentait vraiment menacé, entrevoyait confusément les bienfaits d’une amitié.

Et puis, la saison d’amour approchait, et Muskwa sentait l’odeur de sa mère.