Le grand grizzly répondit à la question en commençant à descendre vers la vallée et Muskwa le suivit par derrière, comme il l’avait fait la veille.
L’ourson se sentait deux fois plus gros et plus de deux fois plus fort que le jour précédent et il n’était plus obsédé par ce regret gênant du lait maternel.
Tyr n’avait pas tardé à le mettre hors de page. Il faisait maintenant partie des mangeurs de viande et il savait qu’ils regagnaient le théâtre du festin de la veille au soir.
Ils avaient parcouru la moitié de la distance qui les séparait de la vallée lorsqu’un retour de vent porta jusqu’à Tyr un fumet qui lui fit émettre un sourd mugissement de rage.
Il s’arrêta quelques secondes et son épaisse collerette à la naissance des épaules se hérissa, signe de colère.
L’odeur qu’il avait perçue provenait de la direction de sa vallée et c’était une odeur qu’il n’était pas en humeur de tolérer en cette localité particulière.
Il venait de sentir l’odeur puissante d’un autre ours.
Cela ne l’eût pas excité particulièrement dans des circonstances ordinaires, et cela ne l’eût pas excité du tout s’il s’était agi d’une femelle.
Mais c’était l’odeur d’un ours mâle, et elle provenait directement du boqueteau de pins balsamiques où était cachée la carcasse du caribou.
Tyr n’eut pas dix secondes d’hésitation.