Lorsqu’il atteignit la pelouse à trente ou quarante mètres peut-être du formidable envahisseur, il s’arrêta de nouveau.
Il n’y avait rien de particulièrement menaçant dans son attitude, si ce n’est que sa collerette se hérissait davantage.
L’ours noir leva la tête de dessus son festin et, pendant une bonne demi-minute, ils se dévisagèrent.
L’énorme tête du grizzly se balançait maintenant de gauche à droite en un lent mouvement de pendule. L’ours noir était aussi immobile qu’un sphinx.
A quatre ou cinq pieds de Tyr venait Muskwa.
Il se rendait compte confusément qu’il allait se passer quelque chose… et il était tout aussi prêt à mettre son petit bout de queue entre ses jambes et s’enfuir avec Tyr, qu’à avancer et à combattre avec lui.
Sa curiosité était fortement intriguée par ce mouvement de pendule de la tête de Tyr.
La nature entière connaît la signification de ce balancement. L’homme a appris à la connaître.
« Méfie-toi du grizzly qui balance sa tête, » tel est le premier commandement du chasseur montagnard.
Le grand ours noir en comprenait parfaitement la signification et Tyr s’attendait à le voir, comme les autres ours de son domaine, reculer de quelques pas, faire tête à queue et s’enfuir !