Les blessures que Tyr avaient reçues lors de son combat singulier avaient cessé de saigner dès les premières minutes, contrairement à ce qui arrive pour les blessures par balle, et le grizzly n’avait pas laissé de piste sanglante derrière lui.
La ravine les conduisit à un éboulis chaotique et là ils furent peut-être encore plus invisibles pour les observateurs de la vallée.
Ils s’arrêtèrent et burent à une mare formée par la fonte des neiges sur les pics et puis ils continuèrent.
Tyr ne s’arrêta pas lorsqu’ils atteignirent l’encorbellement sur lequel ils avaient dormi pendant la nuit précédente.
Et cette fois, Muskwa n’était pas fatigué.
En deux jours, un grand changement s’était produit en lui. Il n’était plus si gros ni soufflé et il était plus fort, beaucoup plus fort. Il commençait à s’endurcir sous la tutelle de Tyr.
Il est évident que Tyr savait où il allait. Il se dirigea sans hésitation vers une sorte de brèche étroite dans le flanc presque à pic de la montagne… et s’y engagea, suivi de très près par l’ourson.
Ils émergèrent à l’autre extrémité sur un éboulis tumultueux qui ressemblait à une carrière.
Il était à peu près impossible à Muskwa d’avancer au milieu de cet assemblage chaotique de blocs anguleux. Et, comme Tyr gravissait les premiers rochers, l’ourson s’arrêta et se mit à gémir.
C’était la première fois qu’il « calait », et lorsqu’il constata que Tyr ne prêtait aucune attention à ses gémissements, et qu’il continuait, la terreur s’empara de lui et il se mit à crier au secours de toutes ses forces, tout en cherchant frénétiquement à découvrir un chemin au milieu des rochers.