Complètement indifférent, semblait-il, aux malheurs de Muskwa, Tyr continua pendant une bonne trentaine de mètres. Puis il s’arrêta, fit carrément demi-tour et attendit.

Ceci rendit courage à Muskwa.

S’agrippant des griffes et même des dents, il parvint à rejoindre Tyr après dix minutes d’efforts, complètement essoufflé. Puis tout à coup ses terreurs disparurent.

Car Tyr se trouvait sur un sentier blanc et étroit aussi solide que du ciment. Ce sentier devait avoir une vingtaine de centimètres de large, et c’étaient les sabots de centaines et peut-être de milliers de générations de moutons de montagne qui l’avaient fait, ce sentier.

Tyr s’en servait parfois pour passer d’une vallée à l’autre et il y avait d’autres créatures de la montagne qui s’en servaient plus fréquemment que lui.

Tandis qu’il attendait que Muskwa reprenne son souffle, ils entendirent le bruit d’une sorte de gloussement. A quarante ou cinquante pieds en amont, le sentier de chèvres disparaissait derrière un gros bloc, et de derrière ce bloc apparut bientôt un énorme porc-épic, qui descendait lentement.

Une loi des solitudes du Nord interdit aux hommes de tuer un porc-épic.

C’est l’humoriste du désert, la bête la plus joyeuse, la plus satisfaite qui ait jamais respiré, celle aussi qui jouit du meilleur caractère.

Il ne cesse de soliloquer, de bavarder et de glousser, et, lorsqu’il voyage, il ressemble à une pelote à épingles animée et ne s’inquiète pas du tout de ce qui se passe autour de lui.

Tandis que ledit porc-épic, un compère extrêmement gros, descendait dans la direction de Muskwa et de Tyr, les piquants de ses côtés et de sa queue cliquetaient sur la pierre. Ses yeux étaient sur le sentier à ses pieds. Il était profondément absorbé dans ses pensées et ce ne fut qu’à cinq pieds de Tyr qu’il l’aperçut.