Il était assis sur sa selle comme un pantin dont les ficelles se seraient cassées partiellement, attitude qu’il avait acquise à bourlinguer dans la montagne, parce qu’il avait quelque peine à distribuer gracieusement ses cinq pieds huit de chair et d’os sur le maigre dos d’un cayusse[1].
[1] Cheval de montagne mâtiné de mulet.
Dès qu’il parut, Langdon sauta de son bidet et se tourna vers l’évasement de la vallée.
Les picots de sa barbe blonde, une barbe d’homme qui se rase, ne cachaient pas le hâle profond, produit de cinq semaines passées en plein air dans la montagne.
Il avait ouvert sa chemise à la gorge, exposant son cou tanné par le soleil et le vent.
Ses yeux perçants étaient gris-bleu et il fouillait le paysage qui s’épanouissait devant lui, avec l’ardente expression du chasseur né, ou bien encore de l’explorateur de terres vierges.
Il pouvait avoir trente-cinq ans, passait une partie de sa vie dans le Far-North encore désert, et l’autre à décrire dans les livres ses sensations de voyageur et d’amoureux de la nature.
Son compagnon, guide et ami, était de six mois son cadet, et son inférieur par la taille. Bruce, fier de son anatomie, lui contestait cet avantage et ne ratait pas l’occasion d’affirmer à propos de tout :
— Dame, j’ai pas fini de grandir !
Il rejoignit Jim, redressa son long corps de pantin cassé.