Au cours des deux semaines qui suivirent, les soins du « trapping » absorbèrent entièrement le temps et la pensée des deux chasseurs. Le temps était redevenu idéal.
Cela faisait plus de deux mois écoulés depuis le départ de Wabinosh-House et Rod commençait à compter les jours qui le séparaient encore de la piste du retour. Wabi avait calculé qu’ils possédaient une valeur totale de seize cents dollars en fourrures et en scalps de loups, et deux cents dollars en or. Le jeune citadin était donc assuré de s’en revenir près de sa mère avec une part de six cents dollars, qui équivalaient au salaire d’une année de son ancienne place.
Il ne cacha pas non plus à Wabi son ardent désir de retrouver Minnetaki. Wabi était heureux de voir ce penchant pour sa sœur se développer chez Rod et il s’amusait fréquemment à l’en taquiner. Rod, en réalité, caressait le secret espoir que Minnetaki mère, l’Indienne, autoriserait sa fille à l’accompagner avec Wabi, à Détroit, où il savait que sa mère à lui prendrait rapidement en affection la belle petite fille du Nord.
Une troisième semaine s’écoula encore. Il avait été décidé qu’elle serait la dernière et que, dans huit jours, ils reprendraient la direction de Wabinosh-House, où ils arriveraient vers le 1er février. Roderick ne contenait plus sa joie.
Un de ces derniers jours, Rod et Mukoki étaient partis en chasse, en laissant Wabi au campement. Rod s’était élevé, dès son départ, sur le sommet d’une des crêtes voisines, tandis que Mukoki se tenait à mi-côte, sur le versant opposé.
Au fait de la crête, Rod s’arrêta, en regardant autour de lui le paysage, qu’il dominait. Il distinguait nettement Mukoki, qui allait sur la neige, pareille à un petit point noir. Vers le nord, le Wilderness infini s’étendait à perte de vue, avec son ordinaire fascination. Vers l’est, à deux milles environ, quelque chose remuait, qu’il supposa être un élan ou un caribou. A l’ouest était, ou plutôt devait être la vieille cabane.
Un cri d’horreur involontaire s’échappa soudain de sa poitrine, et un second suivit.
Là où il pensait trouver la cabane s’élevait une épaisse colonne de fumée. Le ciel en était obscurci. Il lui sembla, en même temps, percevoir des coups de fusil.
Quoiqu’il sût bien que l’Indien n’était pas à portée de l’entendre, il hurla de toutes ses forces :
« Mukoki ! Mukoki ! »