Le vieil Indien avait vu, lui aussi. Avec un inexprimable regard, il détourna ses yeux vers le jeune blanc. Si c’était Wabi ! Oui, si c’était lui ! voilà ce que disait ce regard… Ce n’était plus un homme que Rod avait devant lui, mais une bête sauvage, affolée de haine.
Tous deux ne firent qu’un plongeon vers le lac et vers ce qui avait été la cabane. Sur la forme humaine écroulée dans la neige, Mukoki s’agenouilla. Il la retourna, puis se redressa.
Ce n’était pas Wabi.
C’était un cadavre horrible, celui d’un Indien gigantesque, dont la tête avait été écrabouillée de balles.
Rod frissonna, mais respira un peu. Et ses forces alors l’abandonnèrent. Épuisé par sa course et par l’émotion, il tomba dans la neige, près du cadavre.
Mukoki, cependant, s’était mis à remuer les cendres chaudes de la cabane, avec son pied et avec la crosse de son fusil, nerveusement.
Rod comprit que, ce qu’il cherchait là, c’étaient peut-être les débris de Wabi, calciné et enseveli, qui sait ? dans les flammes et sous les décombres. Chaque fois qu’il voyait le vieil Indien se pencher sur un bout d’objet et l’examiner, il se sentait pâlir d’effroi.
Mukoki remuait infatigablement les bûches encore brûlantes et les charbons ardents, et l’odeur de ses mocassins roussis venait jusqu’à Rod.
A un moment, il jeta près du boy quelques cailloux, qui étaient les pépites d’or. Que lui importait, à lui, ce brillant trésor ! il ne songeait qu’à son Wabi bien-aimé, que les Woongas avaient dû surprendre à l’improviste, comme des lâches qu’ils étaient, comme des coquins, sur lesquels il assouvirait bientôt sa vengeance. Wabi et Minnetaki, toute la vie, pour lui, était là.
A demi-calciné lui-même, la figure toute noire, il revint finalement vers Roderick.