Tout en filant sur ses raquettes, Wabi demanda à Rod combien il avait sur lui de cartouches.
« Quarante-neuf, répondit le boy.
— Tout va bien. Passez-m’en une douzaine. Avec les huit que j’ai ramassées sur notre homme, je suis muni pour l’instant. »
Ils atteignirent ainsi, sans avoir été rejoints, la dépression où, ce matin encore, s’élevait la vieille cabane.
Soudain, il sembla à Rod que son cœur lui tombait dans la poitrine, comme un bloc inerte. Son pouvoir d’endurance était à bout. Sa première course derrière Mukoki, lorsqu’avait apparu la fumée de la cabane qui brûlait, celle ensuite pour rejoindre Wabi, cette dernière enfin, avaient épuisé ses forces. Ses muscles étaient brisés et il sentait qu’il lui serait impossible de continuer du même train jusqu’au ravin. C’étaient trois milles encore à parcourir !
Il tenta cependant un dernier effort. Mais il perdait visiblement de la distance sur Wabi, qui le précédait, tandis que derrière lui les raquettes de Mukoki heurtaient presque les siennes. Il pouvait entendre à ses oreilles le souffle rauque et infatigable du vieil Indien.
Le pauvre boy était d’une pâleur mortelle, la sueur lui perlait aux tempes et la respiration lui manquait. Ses genoux fléchirent et il s’affaissa sur la neige. Presque au même moment, les Woongas apparaissaient.
Ils n’étaient plus qu’à une portée de fusil. Une balle siffla :
Bzzzzzz-inggggg !
A deux reprises, Rod entendit passer près de sa tête cette chanson de la mort. Il vit la neige jaillir en l’air, sous chacune des deux balles.