— Non, pas dépassée, répondit Mukoki. Encore un peu au sud. »

Wabi expliqua à Rod :

« La piste en question est une piste pour traîneaux qui, du Lac Nipigon, conduit à la factorerie de Kénogami-House, dont l’agent est un de nos meilleurs amis. Bien souvent, nous nous rendons visite. »

Plusieurs lapins furent tués et alimentèrent le déjeuner. Le reste de l’après-midi se passa presque entièrement à dormir, car les trois compagnons étaient harassés. Aucun incident ne troubla non plus la nuit qui suivit.

Le lendemain, le temps s’était éclairci. Mais la blessure de Mukoki s’était rouverte. Il importait de tuer quelque animal, autre qu’un lapin, pour en avoir la graisse et panser la plaie. Le vieil Indien fut donc contraint, bien malgré lui, de rester au campement, tandis que les deux boys s’en iraient en chasse, chacun de son côté.

Roderick marcha, une heure durant, sans rencontrer bête qui vive, en dépit de nombreuses traces de rennes ou de caribous. Il se désolait, lorsqu’il croisa, à sa vive surprise, une piste bien battue qui, de biais, coupait la sienne. Deux traîneaux, attelés de chiens, avaient passé là, depuis la neige de la veille, et, de chaque côté des traîneaux, des raquettes d’hommes avaient laissé leur empreinte. Roderick reconnut que les hommes étaient au nombre de trois et les chiens une douzaine. Il ne douta point que ce fût la piste de Kénogami-House et, poussé par la curiosité, il se mit à la suivre.

Un demi-mille plus loin, il constata que la petite troupe s’était arrêtée, pour cuire son repas. Une grosse bûche achevait de se consumer parmi les cendres et, tout autour du foyer, étaient éparpillés des os et des restes de pain. Mais ce qui surtout attira l’attention de Rod, ce fut d’autres empreintes qui, à cet endroit, se mêlaient aux précédentes. De dimensions moindres, elles ne pouvaient provenir que de pieds de femme.

Une de ces empreintes surtout était si étonnamment petite que, soudain, le cœur du jeune homme se souleva d’émotion. Le mocassin, en outre, dont le dessin était nettement marqué dans la neige, était muni d’un léger talon.

La pensée de Rod s’envola aussitôt vers Minnetaki. C’était la seule femme, à la factorerie, qui possédât un pied aussi minuscule. Elle était la seule qui portât des talons ! La coïncidence, tout au moins, était bizarre. Il examina de plus près les empreintes. Elles étaient semblables en tout à celles qu’il avait découvertes sur le sol, le jour où la jeune fille avait été enlevée par les Woongas, où il l’avait arrachée à ses ravisseurs.

Était-ce bien elle, ou était-ce une autre, qui avait passé par là ? Si c’était une autre, elle devait lui ressembler. Cette inconnue était-elle aussi jolie qu’elle ?